Mon unique plaisir

Barry McGee - Untitled - 1998/2002

On apprend à devenir adulte
En posant correctement des virgules
Au milieu des milliers de mots
Que l’on utilise.
J’apprends à être patiente
En mettant des points d’interrogation à la fin de mes questions.
« J’m’en bats les yeucous..! » disais-je étant jeune.

Aujourd’hui j’attends
Les rails qui relieraient les points de repères.
Mais je ne vois que les wagons chargés
Des gens qu’on un passif.
Moi, j’ai pas de passé,
Pas de futur,
Je possède juste une page blanche comme le présent.
Mon intérêt ne va pas dans le sens de celui d’autrui
Parce que mon intérêt est aussi vaste que l’infini.
Il n’est pas grand, il est simple.

Je fais du vélo le long des quais,
Comme un monstre au paradis,
Je regarde passer au ralenti
Des mecs plastiques,
Des filles sans plis.
Et toute ma stupeur pour leur soft skin et leurs parfums si délicat.
Non mais t’as vu ta gueule d’extra-terrestre ?
Je ne leur réponds pas.

Un cri du coeur, attaché à la dynamo
Tourne en boucle autour de mon vélo.

Au milieu de ce paysage
Je me sens seul
Comme un petit pois dans une boite de nuit.
Je me sens moche
Comme un balai à chiotte à un défilé de mode.
Je me sens inutile
Comme un couteau sans lame auquel il manque le manche
Je me sens vide
Comme une particule virtuelle et stérile

Mais quand je ferme les yeux
Je vois l’espace réel et imaginaire
Cacher au fond des corps
Cacher au fond des formes
Je nous vois nu
Je nous vois comme des châteaux
Fragiles et plein du fiel
Filant de nos egos.
Du mien. Du tien, du sien, de tout.
Je vois des châteaux fragiles,
Bâtis de paradoxes
Je vois du ciment de slip
Des pierres de ptites culottes
Je vois comme tout est simple
Quand on s’aime soi-même
Je vois tant de bonheur
Que j’en ai des hauts-le-coeur.

Je ne sais pas si ces châteaux sont lourds,
S’ils brisent le dos,
Je ne sais pas s’ils sont un refuge
Ou un fardeau.

L’ESCLAVAGE C’EST LA LIBERTÉ

Je fais du vélo le long des quais,
Avec mon corps en coquille vide,
Plein du magma de mes émotions
Ecartelé d’un monde à l’autre.
Je regarde passer au ralenti des mecs plastiques, des filles sans plis
Je regarde 20.000 milliards de secondes en suspens dans l’atmosphère
Qui attendent de se poser entre moi et le Terre

Je traverse la vie comme un trou noir
Sans passé, sans avenir,
Dans un présent tellement long
Que je n’arrive pas à vieillir.

JE NE POSSÈDE RIEN
JUSTE LE CHOIX DE POSER DES VIRGULES CORRECTEMENT OU PAS
ET MON UNIQUE PLAISIR C’EST DE SAVOIR
QUE JE PEUX TOUT PERDRE EN UNE FRACTION DE SECONDE
J’AURAIS TOUJOURS MA PUTAIN D’ÂME