Ça manque de place ici

Un jour j’irais graver « Je suis un être humain »
Sur un bloc de granit.
On verra si ça me rend plus intelligente.
On verra si ça reste.
On verra si ça parle encore dans 200 ans à quelqu’un d’autre que moi.
On verra si ça m’ouvre les portes de la pleine conscience.
On verra surtout si ça me laisse un peu plus de place pour penser à autre chose.

J’espère que j’abandonnerais sur ce bloc la question de mon humanité.
Qu’après ça je n’aurais plus à douter.
Je serais libre, libre d’être un chien, un chat, une chèvre, un cheval, une chenille, un chamois, une chouette, ou une chimère.
Un enfant lion, Kant en forme d’éléphant, une femme dauphin, un moine avec des ailes de pigeon.
J’espère que ça me laissera assez de place pour avoir des bras de fer, des jambes à ressort et tout l’amour des plantes.
Parce que la Terre est vaste, l’océan est profond, le ciel est immense, et on a beau être tout petit on est très nombreux, nos esprits sont larges.
J’espère que ça me laissera assez de place pour penser à Dieu sans avoir les yeux qui pleurent, je pourrais penser à Dieu et ne pas penser en ennemi.
J’espère que j’aurais assez de place pour me débarrasser du traumatisme millénaire de la religion.
Et pouvoir sans peur, sans appréhension, sans morale, sans code, sans honte, échanger avec un Dieu qui n’a ni nom ni culte, mais qui, d’une manière ou d’une autre me donne toute la place que les êtres humains ne peuvent pas me donner.

Un jour j’irais graver « Je suis un être humain »
Sur un bloc de granit.