S’agrandir avec le temps

Un long silence,
Une longue solitude,
Des flash lumineux et une voiture qui roule doucement dans l’obscurité.
Beaucoup de temps de réflexion.
Beaucoup.
Vraiment beaucoup.

 

Une paire d’orchidée qui sort lentement du centre de mes yeux,
Qui pleurent,
Des gouttes d’un liquide rouge qui n’est pas du sang.
Elles s’extirpent de mes pupilles,
En s’appuyant sur les os qui se trouvent sur le côté de mon visage.
Sur ma langue poussent des polypes d’une forme de vie,
Inconnue.
Ma bouche est une forêt,
Difficile à embrasser.
J’aimerais aimer,
Mais les deux côtés de la balance sont tétanisants.

 

Depuis tous ces long mois,
Je bâtis en patience une existence décisive.
Quand je me repose la nuit,
Mon corps tremble de tristesse, de joie, de bonheur,
Et l’eau se déverse lourdement sur mes rêves.
Dans mon lit,
Creusé au centre de là où il faut,
Je tremble avec mon corps qui tremble.
Je recouvre mon corps de mousse.
Mon corps se confond avec elle.
La terre a teinté ma peau d’un ton brun naturel.
J’ai chaud,
Et j’ai froid en même temps.
L’air est aussi doux que la peau d’un enfant sauvage.

 

C’est à cet endroit que se concentre la moelle.
Je la bois,
Chaque matin,
En toute dépendance.
Elle m’aide à ne pas regarder sur les côtés,
À ne voir que les choses invisibles,
Et nourrit les polypes,
Qui bientôt,
Vont me quitter.
Avec ma sueur,
Je consolide le présent,
Balles d’argile moelleuses,
Qui collent parfaitement entre elles.
Je mange des longues tresses de racine,
Sans savoir si je les apprécie.
Pourtant je ne peux manger que ça.
Elles m’aident à faire corps,
À faire la vie,
À faire le vide.

 

Parfois les flashs lumineux repassent,
Brutalement,
Au milieu de l’obscurité.
Et la haine monte en moi,
Avec leur lumière qui s’approche. (Son d’oppression).
Je crie,
Comme tu n’entends jamais crier personne.
Je crie incroyablement fort.
Les flashs s’éloignent,
Avec leurs provocations et leurs menaces.

 

Et j’ai peur que les orchidées,
Jamais ne reviennent.
Je les attend,
Pendant des jours,
C’est un véritable supplice.
Lorsque la haine est vraiment partie,
Et que les racines ont nettoyé mon corps,
Doucement elles remontent à mon regard.
Très loin de ce que les gens ont appelé la vie,
Je bâtis une existence décisive,
Qui est exactement comme la vie.
Pourtant ce n’est pas elle.
Des fois je me dis,
Il y aurait vraiment de quoi se méprendre.