RÉFLEXIONS et RESSOURCES

UPDATE – Une émission avec la professeur de philosophie Nadia Yala Kisudiki sur les mouvements anti-raciste actuellement en France, une analyse moderne et très juste !

+ Découvrir la philosophe Seloua Luste Boulbina et notamment son dernier livre Les Miroirs Vagabonds ou la Décolonisation des savoirs

+ Redécouvrir Kateb Yacine – romancier, poète, auteur de pièce de théâtre – Notamment son roman Nedjima (le plus connu) mais aussi Le Cercle des Représailles (pièces de théâtre).

+ Redécouvrir l’oeuvre d’Alain Mabanckou notamment ses romans Bleu-Blanc-Rouge et Verre Cassé

Cet article tente de rassembler des textes, des paroles, des images nécessaires à notre éducation.
Tout ce qui est réunit ici soulève des réalités de la société française et de sa culture.
Les luttes et les revendications qui se déroulent actuellement aux États-Unis, qui remettent en question et dénoncent le suprémacisme blanc trouvent leur continuité ici.
Il me semble important de démêler le contexte dans notre propre culture, pointer notre ancrage raciste dans l’histoire, pour être en mesure de le relier à l’histoire mondiale.

En premier lieu ce texte d’Aimé Césaire, à mes yeux FONDAMENTAL pour comprendre la plupart des mécanismes du racisme en France par une analyse de l’histoire coloniale française, il fait un état des lieux ultra pertinent en 1950, malheureusement toujours d’actualité. Le texte est court, il peut se lire et se relire, il est très très riche, et l’écriture est magistrale.
AIMÉ CÉSAIRE, DISCOURS SUR LE COLONIALISME

La France porte encore trop l’idée que le colonialisme était une entreprise pour le bien des peuples colonisés – en lien l’article vers le projet de loi de 2005 qui tendait à inscrire dans les manuels scolaires d’histoire que la colonisation a donc été une entreprise bénéfique pour les colonisés, porté par Jacques Chirac et Michèle Alliot-Marie. Procédé parfaitement malhonnête, l’association faite à l’article 4 était littéralement honteuse. Exemple de paternalisme et de la structure patriarcale de notre société.

Un élément d’information récent qui en dit long sur l’emprise que la France à tant de mal à lâcher notamment d’un point de vue économique sur d’anciens pays colonisés :
WIKIPÉDIA « FRANC CFA »
« Le 20 mai 2020, La fin du Franc CFA est validée par l’adoption d’un projet de loi qui sera soumis à l’Assemblée nationale et au Sénat français qui entérine cette monnaie commune par le Conseil des Ministres français, le 20 mai 2020. La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ne sera plus obligée de déposer la moitié de ses réserves de change auprès du Trésor Public français. La nouvelle monnaie unique ouest-africaine (Eco) devrait voir le jour en juillet 2020. »

À la suite du texte de Césaire, voici un lien vers la préface du livre Peau noire masques blancs de Frantz Fanon. Ce livre se trouve facilement en librairie pour moins de 9€.
Oeuvre elle aussi fondamentale pour comprendre plusieurs principes, notamment les problématiques de construction et de destruction identitaire, de déculturation – à différencier de l’acculturation (lien vers l’article Wikipédia) – et son impact psychologique notamment.

Et voici un lien vers une émission à son sujet sur France Culture – découvrir son travail et son oeuvre :
EMISSION SUR FRANTZ FANON 

Ainsi qu’un podcast du journal de la philo (très court – 6 minutes) De quoi le blanc est-il la couleur ? qui évoque Fanon et des idées encore trop peu débattues et étudiées en France, la blanchité ou blanchitude, développé dans cet article France Culture à nouveau – Blanchité et race : pourquoi ce déni tenace ?

Lien vers les deux livres de Toni Morrison cités dans l’émission précédente.
Playing in the dark et Étranger chez soi.
Mais aussi à lire L’origine des autres, qu’est-ce qui motive la tendance de l’être humain à créer les Autres ?
Pour ceux qui ne connaissent pas Toni Morrison, en plus de ces ouvrages théoriques et essais, vous pourrez trouver très facilement ses romans en librairie, ils existent en poche. Ils représentent tous de très grands enseignements. Elle est tout simplement une écrivaine incroyable et aborde les questions de racisme, de ségrégation, d’esclavage avec une intelligence incroyable. Grâce à ses écrits, elle offre à ressentir des émotions nécessaires.

Ressentir des émotions permet de dépasser la barrière de la raison, de la mauvaise foi et des réflexes protectionnistes. J’insiste sur ce mot parce que je pense que comprendre peut devenir un mécanisme de défense pour accepter une idée en surface, tout en ne la faisant pas exister, en ne la vivant pas. On peut citer par exemple les revendications féministes en France, qui existent depuis plus de 100 ans. Les changements réels dans la société sont incroyablement lents à se concrétiser, sachant qu’ils le sont le plus souvent suite à des luttes et des revendications répondant à des crises majeurs – exemple le droit de vote accordé aux femmes à la toute fin de la seconde guerre mondiale…

Ici vous trouverez un lien vers le documentaire de Raoul Peck, I’m not your negro qui suit l’écriture d’un texte de James Baldwin. Un document fondamental pour revivre et saisir les enjeux du racisme américain, de la ségrégation, les conséquences historiques et sociales d’une société fondée sur la destruction du peuple amérindien et l’esclavage d’un peuple africain.
Vous pourrez trouver aussi facilement de nombreuses interviews en extrait dans le documentaire sur YouTube, notamment le débat que Baldwin a tenu à Cambridge en 1965 contre William F Buckley – en lien ici et un entretien entre lui et Nikki Giovanni. (Le travail poétique de Nikki Giovanni aussi est à découvrir !)
Comme pour Toni Morisson, vous pourrez trouver facilement les romans de James Baldwin en librairie en format poche. Ses livres sont tout aussi beaux, importants, riches, éducatifs, profonds… Il traite aussi de sujet tel que l’homosexualité ou la bisexualité.

Sur d’autres thématiques (trauma, remise en question personnelle…), une vidéo courte et très pertinente de @sonyareneetaylor « White trauma becomes white violence. DO YOUR HEALING WORK ! ». Sonya est auteur et poète, et vous trouverez de nombreuses vidéos sur son compte. Je la rejoins tout à fait dans l’idée de trauma. Pour ma part, et sans entrer dans des détails personnels, c’est en évoquant des questions de légitimité et de déformation identitaire en thérapie psy – en l’occurence une thérapie centrée sur la résolution des traumas –  que ma vision de ma culture et de mon éducation est devenue beaucoup plus claire. J’ai pu faire face aux éléments douloureux de ma propre histoire, les accepter (oui ça fait mal !), mais finalement aussi en guérir et changer, briser le cercle. DO THE WORK 🙂
Dans cette autre vidéo de Jerry Hide, je rejoins son propos quant au fait de se questionner et d’entrer en introspection pour trouver en soi-même nos réflexes racistes. Jerry travaille davantage sur les violences domestiques et l’agressivité masculine. Vous trouverez aussi sur son compte des vidéos sur ce sujet.
Toujours sur Instagram @janayathefuture fait de nombreuses vidéos, What you must do to find your voice développe une parole extrêmement éclairée sur la douleur et la peine qui nous pousse trop souvent à l’isolement. Moses Sumney en a fait une des thématique de son dernier album, Græ, qui est en plus d’une grande intelligence, d’une grande beauté ! Pour revenir à Janaya Future, toutes les vidéos que vous trouverez sur son profil sont à voir, son exploration des identités trans est aussi hyper instructive.

Dans un tout autre registre voici un lien vers le documentaire Sauvages, au coeur des zoos humains. Pour voir ce qu’a produit notre culture, une vision de la cruauté du suprémacisme blanc et européen, très réel, dans des mises en scène macabres.
DOCUMENTAIRE : SAUVAGES, AU COEUR DES ZOOS HUMAINS

Pour ces deux dernières références j’en viens à un tout autre registre, qui tend davantage à questionner de l’intérieur la culture européenne, blanche. De l’artiste Pipilotti Rist, sa vidéo Color is dangerous accompagné d’une interview au sujet de ce travail. Elle développe une réflexion quant au rapport à la couleur dans l’art au sein de notre culture blanche.

Voici le lien vers le livre (en ligne et en anglais) dont Rist parle en interview, Chromophobia de David Batchelor. Il propose une analyse historique du rapport à la couleur dans l’art et la culture européenne.

En tant que blanc, nous devons lutter contre notre réticence à nous remettre profondément en question. Nous devons ressentir, en acceptant les paroles, les questions, les réalités et surtout en acceptant de perdre.
Nous devons apprendre à perdre pour abandonner notre culture du privilège, notre culture de la hiérarchie sociale et raciale qui domine et asservie arbitrairement et d’après des principes antiques. Nous devons remettre en question notre culture et comprendre que le problème même s’il est très ancien, reste le même aujourd’hui. Créer une rupture doit nous permettre la perte et la destruction saine et nécessaire de privilèges racistes. Pour ma part savoir d’où je viens (de familles européennes blanches) c’est pouvoir dire « Oui. Oui je descends d’individus qui ont participé à la construction de cette culture, et oui je suis prêt à sacrifier ses privilèges pour le bien de tous. »
Il faut réfléchir au sentiment de légitimité et d’illégitimité. À notre culture judéo-chrétienne qui nous enseigne des réflexes de honte et de flagellation qui sont parfaitement inutiles. Trouver là où sont encore cachés les réflexes et les constructions mentales lié à cette culture du péché, de l’impureté, du rachat des fautes par la souffrance extrême et la victimisation, la compulsion à accumuler des richesses supposer nous assurer et nous suivre dans un éventuel paradis, toutes ces constructions sont à remettre en question.