RÉFLEXIONS et RESSOURCES

UPDATE – Une émission avec la professeur de philosophie Nadia Yala Kisudiki sur les mouvements anti-raciste actuellement en France, une analyse moderne et très juste !

+ Découvrir la philosophe Seloua Luste Boulbina et notamment son dernier livre Les Miroirs Vagabonds ou la Décolonisation des savoirs

+ Redécouvrir Kateb Yacine – romancier, poète, auteur de pièce de théâtre – Notamment son roman Nedjima (le plus connu) mais aussi Le Cercle des Représailles (pièces de théâtre).

+ Redécouvrir l’oeuvre d’Alain Mabanckou notamment ses romans Bleu-Blanc-Rouge et Verre Cassé

Cet article tente de rassembler des textes, des paroles, des images nécessaires à notre éducation.
Tout ce qui est réunit ici soulève des réalités de la société française et de sa culture.
Les luttes et les revendications qui se déroulent actuellement aux États-Unis, qui remettent en question et dénoncent le suprémacisme blanc trouvent leur continuité ici.
Il me semble important de démêler le contexte dans notre propre culture, pointer notre ancrage raciste dans l’histoire, pour être en mesure de le relier à l’histoire mondiale.

En premier lieu ce texte d’Aimé Césaire, à mes yeux FONDAMENTAL pour comprendre la plupart des mécanismes du racisme en France par une analyse de l’histoire coloniale française, il fait un état des lieux ultra pertinent en 1950, malheureusement toujours d’actualité. Le texte est court, il peut se lire et se relire, il est très très riche, et l’écriture est magistrale.
AIMÉ CÉSAIRE, DISCOURS SUR LE COLONIALISME

La France porte encore trop l’idée que le colonialisme était une entreprise pour le bien des peuples colonisés – en lien l’article vers le projet de loi de 2005 qui tendait à inscrire dans les manuels scolaires d’histoire que la colonisation a donc été une entreprise bénéfique pour les colonisés, porté par Jacques Chirac et Michèle Alliot-Marie. Procédé parfaitement malhonnête, l’association faite à l’article 4 était littéralement honteuse. Exemple de paternalisme et de la structure patriarcale de notre société.

Un élément d’information récent qui en dit long sur l’emprise que la France à tant de mal à lâcher notamment d’un point de vue économique sur d’anciens pays colonisés :
WIKIPÉDIA « FRANC CFA »
« Le 20 mai 2020, La fin du Franc CFA est validée par l’adoption d’un projet de loi qui sera soumis à l’Assemblée nationale et au Sénat français qui entérine cette monnaie commune par le Conseil des Ministres français, le 20 mai 2020. La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ne sera plus obligée de déposer la moitié de ses réserves de change auprès du Trésor Public français. La nouvelle monnaie unique ouest-africaine (Eco) devrait voir le jour en juillet 2020. »

À la suite du texte de Césaire, voici un lien vers la préface du livre Peau noire masques blancs de Frantz Fanon. Ce livre se trouve facilement en librairie pour moins de 9€.
Oeuvre elle aussi fondamentale pour comprendre plusieurs principes, notamment les problématiques de construction et de destruction identitaire, de déculturation – à différencier de l’acculturation (lien vers l’article Wikipédia) – et son impact psychologique notamment.

Et voici un lien vers une émission à son sujet sur France Culture – découvrir son travail et son oeuvre :
EMISSION SUR FRANTZ FANON 

Ainsi qu’un podcast du journal de la philo (très court – 6 minutes) De quoi le blanc est-il la couleur ? qui évoque Fanon et des idées encore trop peu débattues et étudiées en France, la blanchité ou blanchitude, développé dans cet article France Culture à nouveau – Blanchité et race : pourquoi ce déni tenace ?

Lien vers les deux livres de Toni Morrison cités dans l’émission précédente.
Playing in the dark et Étranger chez soi.
Mais aussi à lire L’origine des autres, qu’est-ce qui motive la tendance de l’être humain à créer les Autres ?
Pour ceux qui ne connaissent pas Toni Morrison, en plus de ces ouvrages théoriques et essais, vous pourrez trouver très facilement ses romans en librairie, ils existent en poche. Ils représentent tous de très grands enseignements. Elle est tout simplement une écrivaine incroyable et aborde les questions de racisme, de ségrégation, d’esclavage avec une intelligence incroyable. Grâce à ses écrits, elle offre à ressentir des émotions nécessaires.

Ressentir des émotions permet de dépasser la barrière de la raison, de la mauvaise foi et des réflexes protectionnistes. J’insiste sur ce mot parce que je pense que comprendre peut devenir un mécanisme de défense pour accepter une idée en surface, tout en ne la faisant pas exister, en ne la vivant pas. On peut citer par exemple les revendications féministes en France, qui existent depuis plus de 100 ans. Les changements réels dans la société sont incroyablement lents à se concrétiser, sachant qu’ils le sont le plus souvent suite à des luttes et des revendications répondant à des crises majeurs – exemple le droit de vote accordé aux femmes à la toute fin de la seconde guerre mondiale…

Ici vous trouverez un lien vers le documentaire de Raoul Peck, I’m not your negro qui suit l’écriture d’un texte de James Baldwin. Un document fondamental pour revivre et saisir les enjeux du racisme américain, de la ségrégation, les conséquences historiques et sociales d’une société fondée sur la destruction du peuple amérindien et l’esclavage d’un peuple africain.
Vous pourrez trouver aussi facilement de nombreuses interviews en extrait dans le documentaire sur YouTube, notamment le débat que Baldwin a tenu à Cambridge en 1965 contre William F Buckley – en lien ici et un entretien entre lui et Nikki Giovanni. (Le travail poétique de Nikki Giovanni aussi est à découvrir !)
Comme pour Toni Morisson, vous pourrez trouver facilement les romans de James Baldwin en librairie en format poche. Ses livres sont tout aussi beaux, importants, riches, éducatifs, profonds… Il traite aussi de sujet tel que l’homosexualité ou la bisexualité.

Sur d’autres thématiques (trauma, remise en question personnelle…), une vidéo courte et très pertinente de @sonyareneetaylor « White trauma becomes white violence. DO YOUR HEALING WORK ! ». Sonya est auteur et poète, et vous trouverez de nombreuses vidéos sur son compte. Je la rejoins tout à fait dans l’idée de trauma. Pour ma part, et sans entrer dans des détails personnels, c’est en évoquant des questions de légitimité et de déformation identitaire en thérapie psy – en l’occurence une thérapie centrée sur la résolution des traumas –  que ma vision de ma culture et de mon éducation est devenue beaucoup plus claire. J’ai pu faire face aux éléments douloureux de ma propre histoire, les accepter (oui ça fait mal !), mais finalement aussi en guérir et changer, briser le cercle. DO THE WORK 🙂
Dans cette autre vidéo de Jerry Hide, je rejoins son propos quant au fait de se questionner et d’entrer en introspection pour trouver en soi-même nos réflexes racistes. Jerry travaille davantage sur les violences domestiques et l’agressivité masculine. Vous trouverez aussi sur son compte des vidéos sur ce sujet.
Toujours sur Instagram @janayathefuture fait de nombreuses vidéos, What you must do to find your voice développe une parole extrêmement éclairée sur la douleur et la peine qui nous pousse trop souvent à l’isolement. Moses Sumney en a fait une des thématique de son dernier album, Græ, qui est en plus d’une grande intelligence, d’une grande beauté ! Pour revenir à Janaya Future, toutes les vidéos que vous trouverez sur son profil sont à voir, son exploration des identités trans est aussi hyper instructive.

Dans un tout autre registre voici un lien vers le documentaire Sauvages, au coeur des zoos humains. Pour voir ce qu’a produit notre culture, une vision de la cruauté du suprémacisme blanc et européen, très réel, dans des mises en scène macabres.
DOCUMENTAIRE : SAUVAGES, AU COEUR DES ZOOS HUMAINS

Pour ces deux dernières références j’en viens à un tout autre registre, qui tend davantage à questionner de l’intérieur la culture européenne, blanche. De l’artiste Pipilotti Rist, sa vidéo Color is dangerous accompagné d’une interview au sujet de ce travail. Elle développe une réflexion quant au rapport à la couleur dans l’art au sein de notre culture blanche.

Voici le lien vers le livre (en ligne et en anglais) dont Rist parle en interview, Chromophobia de David Batchelor. Il propose une analyse historique du rapport à la couleur dans l’art et la culture européenne.

En tant que blanc, nous devons lutter contre notre réticence à nous remettre profondément en question. Nous devons ressentir, en acceptant les paroles, les questions, les réalités et surtout en acceptant de perdre.
Nous devons apprendre à perdre pour abandonner notre culture du privilège, notre culture de la hiérarchie sociale et raciale qui domine et asservie arbitrairement et d’après des principes antiques. Nous devons remettre en question notre culture et comprendre que le problème même s’il est très ancien, reste le même aujourd’hui. Créer une rupture doit nous permettre la perte et la destruction saine et nécessaire de privilèges racistes. Pour ma part savoir d’où je viens (de familles européennes blanches) c’est pouvoir dire « Oui. Oui je descends d’individus qui ont participé à la construction de cette culture, et oui je suis prêt à sacrifier ses privilèges pour le bien de tous. »
Il faut réfléchir au sentiment de légitimité et d’illégitimité. À notre culture judéo-chrétienne qui nous enseigne des réflexes de honte et de flagellation qui sont parfaitement inutiles. Trouver là où sont encore cachés les réflexes et les constructions mentales lié à cette culture du péché, de l’impureté, du rachat des fautes par la souffrance extrême et la victimisation, la compulsion à accumuler des richesses supposer nous assurer et nous suivre dans un éventuel paradis, toutes ces constructions sont à remettre en question.

S’agrandir avec le temps

Un long silence,
Une longue solitude,
Des flash lumineux et une voiture qui roule doucement dans l’obscurité.
Beaucoup de temps de réflexion.
Beaucoup.
Vraiment beaucoup.

 

Une paire d’orchidée qui sort lentement du centre de mes yeux,
Qui pleurent,
Des gouttes d’un liquide rouge qui n’est pas du sang.
Elles s’extirpent de mes pupilles,
En s’appuyant sur les os qui se trouvent sur le côté de mon visage.
Sur ma langue poussent des polypes d’une forme de vie,
Inconnue.
Ma bouche est une forêt,
Difficile à embrasser.
J’aimerais aimer,
Mais les deux côtés de la balance sont tétanisants.

 

Depuis tous ces long mois,
Je bâtis en patience une existence décisive.
Quand je me repose la nuit,
Mon corps tremble de tristesse, de joie, de bonheur,
Et l’eau se déverse lourdement sur mes rêves.
Dans mon lit,
Creusé au centre de là où il faut,
Je tremble avec mon corps qui tremble.
Je recouvre mon corps de mousse.
Mon corps se confond avec elle.
La terre a teinté ma peau d’un ton brun naturel.
J’ai chaud,
Et j’ai froid en même temps.
L’air est aussi doux que la peau d’un enfant sauvage.

 

C’est à cet endroit que se concentre la moelle.
Je la bois,
Chaque matin,
En toute dépendance.
Elle m’aide à ne pas regarder sur les côtés,
À ne voir que les choses invisibles,
Et nourrit les polypes,
Qui bientôt,
Vont me quitter.
Avec ma sueur,
Je consolide le présent,
Balles d’argile moelleuses,
Qui collent parfaitement entre elles.
Je mange des longues tresses de racine,
Sans savoir si je les apprécie.
Pourtant je ne peux manger que ça.
Elles m’aident à faire corps,
À faire la vie,
À faire le vide.

 

Parfois les flashs lumineux repassent,
Brutalement,
Au milieu de l’obscurité.
Et la haine monte en moi,
Avec leur lumière qui s’approche. (Son d’oppression).
Je crie,
Comme tu n’entends jamais crier personne.
Je crie incroyablement fort.
Les flashs s’éloignent,
Avec leurs provocations et leurs menaces.

 

Et j’ai peur que les orchidées,
Jamais ne reviennent.
Je les attend,
Pendant des jours,
C’est un véritable supplice.
Lorsque la haine est vraiment partie,
Et que les racines ont nettoyé mon corps,
Doucement elles remontent à mon regard.
Très loin de ce que les gens ont appelé la vie,
Je bâtis une existence décisive,
Qui est exactement comme la vie.
Pourtant ce n’est pas elle.
Des fois je me dis,
Il y aurait vraiment de quoi se méprendre.

Ça manque de place ici

Un jour j’irais graver « Je suis un être humain »
Sur un bloc de granit.
On verra si ça me rend plus intelligente.
On verra si ça reste.
On verra si ça parle encore dans 200 ans à quelqu’un d’autre que moi.
On verra si ça m’ouvre les portes de la pleine conscience.
On verra surtout si ça me laisse un peu plus de place pour penser à autre chose.

J’espère que j’abandonnerais sur ce bloc la question de mon humanité.
Qu’après ça je n’aurais plus à douter.
Je serais libre, libre d’être un chien, un chat, une chèvre, un cheval,
une chenille, un chamois, une chouette,
Une chose, un chapeau, un chagrin, un chemin ou une chimère.
Un enfant lion, Kant en forme d’éléphant, une femme dauphin, un moine avec des ailes de pigeon.
J’espère que ça me laissera assez de place pour avoir des bras de fer,
Des jambes à ressort et comprendre l’amour des plantes.
Parce que la Terre est vaste, l’océan est profond, le ciel est immense,
On a beau être tout petit nos esprits sont larges et surtout… on est très nombreux.
J’espère que ça me laissera assez de place pour penser à Dieu sans avoir les yeux qui pleurent,
Je pourrais penser à Dieu et ne pas penser en ennemi.
J’espère que j’aurais assez de place pour me débarrasser du traumatisme millénaire de la religion.
Et pouvoir sans peur, sans appréhension, sans morale, sans code, sans honte,
Échanger avec un Dieu qui n’a ni nom ni culte, mais qui, d’une manière ou d’une autre
Me donne toute la place que les êtres humains ne peuvent pas me donner.

Un jour j’irais graver « Je suis un être humain »
Sur un bloc de granit.
On verra si ça me rend plus légère
On verra si ça m’arrache à l’attraction terrestre
On verra si ça me donne du coeur
On verra si ça passe
On verra surtout si ça change la forme du temps.

J’espère que j’abandonnerais sur ce bloc la question de ma mort.
Qu’après ça je n’aurais plus à avoir peur.
Je n’aurais plus à hurler très fort pour taire les souvenirs
Que me ressasse un fantôme qui veut péter mon avenir
J’espère que ça changera des soirs où je joue au squash face au mur du son
En compagnie du dernier malaise qui me cloue sur une croix
J’espère que je n’aurais plus à jouer au squash pour tromper la peur
Pour tromper mon esprit
Je n’aurais plus à jouer au squash pour abattre les fantômes
Et occuper mes nuits
J’espère que je gagnerais la prochaine partie
Et que ça me laissera assez de place
Pour dormir dans mon lit
Et ne plus déambuler dans l’espace
Comme un mort-vivant
Entre le jour où je nais
Et celui où je découvre le poids du temps.
J’espère que ma dernière balle crèvera le mur du son
Et qu’un souffle interminable
M’emportera au loin
À l’endroit où on joue au jeu de l’amour
Avec un être vivant
Et cette personne
Qui n’est pas un homme
Qui n’est pas une femme
Qui n’est pas un animal
Qui n’est pas une fleur ni une plante
Qui n’est pas un coucher de soleil
Ni le chant des planète
Cette personne qui n’existe pas
Avec qui je n’existe plus
Me tient la main.
Je tiens la sienne
À peine,
Si nos mains sont des mains. 

On aura disparu
On se sera volatilisé
On aura pris une autre forme
Encore que celle de la fumée
On sera devenu les quelques mots
Gravés
Dans le bloc de granit

Je suis un être humain.
Je suis libre.

LE COMPLOT MONDIAL DONT VOUS ÊTES LE HÉROS

Un demi milliard de mails.
Un demi milliard de mails, m’attendent dans ma boîte.
Des centaines de milliers de millions de lignes
Qui disent comment,
Pourquoi,
Avec quel produit,
De quelle manière,
Et pour quelle raison
Il faut que j’existe.

—————–Un demi milliard de mails
Un demi milliard de mails et des centaines de milliers de millions de lignes.
Ils m’attendent,
Je le sais.
L’Ordre Mondial à ma Porte,
Au pied de ma Messagerie.
Qui parlent dans ma tête
#jelesentendtoutletemps
Des injonctions,
Des conseils,
Des vérités universelles
Se bousculent dans mes yeux.
Ils ont planté en moi la certitude inébranlable que je dois continuer à chercher.
C’est un complot.
#jelesentendtoutletemps
C’est un complot mondial, écrit en plusieurs langues.
Je ne sais pas qui
Ni combien d’êtres humains dirigent,
Nourrissent,
Développent ce complot.
Tout ce que je sais c’est qu’on me fait oublier qui je suis.
Violemment.
Constamment.
Individuellement.
Face à ma solitude,
Face à mon ordinateur.
Ils me disent :
« Je sais mieux que toi-même qui tu es.
Fais-moi confiance.
J’ai ce qu’il te faut.
J’AI CE QU’IL TE FAUT. »
#jelesentendtoutletemps
#ilsaventmieuxquemoi
Une masse sans couleur,
Sans lumière,
Fond sur mon esprit.
Un doute,
Majeur,
Mineur,
Absolu,
Formidable,
Misérable,
Enfantin,
Final,
Broie précisément les colonnes de mon esprit.
Je les écoute et je ne sais plus qui je suis.
#jelesentendtoutletemps
#ilsaventmieuxquemoi
#jenesaisplusquijesuis
Je ne sais plus d’où je viens
—————–Je regarde dans leur direction
Je ne sais plus où je vais
—————–L’aboutissement qu’ils me tendent s’éloigne sans cesse
Je ne sais plus où je suis
—————–Ils m’ont dit que ma place se trouve dans un paradis qui ne cesse de se déplacer
Je ne sais plus quand je suis
—————–Ils ont tué le passé, glorifié le futur et fait du présent une zone impossible
Je ne sais plus qui je suis.
#jelesentendtoutletemps
#ilsaventmieuxquemoi
#jenesaisplusquijesuis
#ilsontlaformedemonangoisse

En réalité je suis actuellement seule, débout, au milieu d’un désert, d’eau, de sable, de pierre, d’arbres.
Et je ne sais qu’une seule chose, c’est que je peux encore respirer.

Uni-lateral

Une solitude acharnée
Un fondement solitaire
Une voix unilatérale
Un ciel de pierre

Pour tourner en rond
Tout autour de la terre
Sans jamais percevoir
L’infini l’univers

Une croute céleste
Pour temporiser avec Dieu
Placer de la distance
Aménager des non-lieux

Agiter ma colère
Pour embrumer mes cieux
Un nuage de poussière
Vaporeux sur mes yeux 

Une voix unilatérale
Pour ne pas penser à demain
Pour être maintenant
Souffrir sans dessein

Fermer pour tourner
Pour tourner sur soi
Tourner pour fermer
La lumière sur moi

Un jour le ciel
Sera assez constellé
De télescopes
Pour que tous leurs miroirs
Referment les portes

Entre l’espace et moi
Entre moi et l’univers
Que je puisse tourner en rond
Tout autour de la terre

Une solitude acharnée
Un fondement solitaire
Une voix unilatérale
Un ciel de pierre

Je ne pense à personne
Quand je m’enferme en moi-même
Je ne pense pas au revers de la balle
Ni aux alarmes humaines

Une muraille de Chine personnel
Longue comme l’équateur
Étirer un mirage flatteur
Pour se croire éternel

Je reste sur ma voix unilatérale
Mon autoroute du bonheur
Chaque soir je fais du 500 km/h
Dans un métro de cristal

Je n’aime pas ça
Mais j’irais me briser une fois
Je pense au bruit que ça fera

(Illustration Maria Hassabi – Staging Solo2)

Bi-Lateral

Une quête acharnée
Une matière primitive
Une énergie éthérée
La certitude de partir

Je cherche des limites
Des champs à ouvrir
Des soleils à manger
La possibilité de souffrir

Une garde à baisser
Des genoux pour la terre
Un esprit à laisser
Égaler l’Univers

En réalité mon corps
Est plus grand que mon corps
En réalité mon corps
Est plus grand que la terre

En réalité la frontière
Elle est entre la surface de ma peau et l’air
Elle se tapit
Dans cette zone invisible

Une quête acharnée
Pour détruire les frontières
Pour mettre à genoux
Toute la matière

Y’a-t-il seulement
Tant de différence
Entre un acarien et moi ?
Peut-être qu’il n’y en a pas

Ce qui coule dans mes veines
C’est du verre du métal
C’est aussi ridicule
Que de la poussière d’étoile

Est-ce que tu vois la chaleur
Qui brille dans mon dos ?
Est-ce que tu vois les ailes
Qui pousse sous ma peau ?

Il faut avoir des objectifs
Je ne surf pas sur la mer
Je surf des éruptions solaires
Sur du courant alternatif

Ne ris pas pense à ton désir de voler
Pense au poids de ton corps
À tous ces instants
Ou tu cherches à t’en libérer

Pense à ta quête acharnée
Pense à l’amour de ta vie
Pense à ta nature
Pense à t’accomplir

Déchirer le temps en deux
Faire ployer la terre
Sous la grandeur infinie
De l’univers dans tes yeux

Je ne brûle pas pour oublier
Je brûle pour graver
Dans chacune de mes molécules
Mon besoin de vibrer

J’ai l’âge que je veux
J’ai le sexe que j’invente
J’ai la certitude
Que je suis vivante

Et mon unique intérêt c’est de faire exister
Des choses impossibles

 

Omni-lateral

Une voûte terrestre
Pour courir sous la pluie
Sous le soleil et le vent
Sans voir la fin de la vie

Savoir dans le fond
Qu’on court pour le geste
Parce que la fin est très claire
Elle finit comme le reste

Autour de nous sentir le ressac
La suite du temps qui plane
Une pression placide
Un océan en ruine

Un souffle assoupi
Et le vide qui revient
Et le vide qui devient tout
Sur le bord de la bouche

Une voute terrestre
Pour frapper des pieds
Pour savoir où on va
Quand c’est terminé

Briser un ciel de pierre
Par une quête acharnée
Avaler le soleil
Tuer le désir briller

Une chute de gravité,
Un deuil de l’ego,
Les coffres de nos mémoires
Ne cachent que de l’énergie pure,

Des façons de voler la nuit
Des camions, des piscines,
Des gravures et les pages
D’un livre pas encore écrit,

Un dôme de cailloux
Les souvenirs de ma voix blême,
Je n’ai plus peur des pierres tombales
Surtout pas de la mienne.

Ici
Je n’ai pas d’allié
Je n’ai pas d’ennemi
J’ai de quoi écrire
Je sais où aller

Si j’ai pardonné mon père
J’ai pardonné le monde
Je n’ai plus de raisons
De partir en guerre

Je peux être une
Je peux être fière
Je peux être loin
Je peux être seule

Je peux être là
Avec l’esprit qui me va
Un corps à ma taille
Et la seule certitude qui vaille

Que faire de tout ça
Quand je sais que je vais mourir ?

Il n’y a rien de pire
Il n’y a rien de pire
Il n’y a rien de pire
Il n’y a rien de meilleur
Il n’y a rien de meilleur
Il n’y a rien de meilleur

Tout ça je vais en faire ce poème
Je vais le rendre invincible
Puis le poser sur la terre
Pour qu’il ait des racines.

Dedans il n’y aura
Que des mots.

Maintenant ce poème est à qui ?
Il n’est plus à moi
Il appartient au langage
À la limite de cette phrase

Il est à toi si tu veux
Donne-lui la forme d’un jeu
Donne-lui un parapluie,
Un chapeau, des sandales,
Donne-lui la forme du bien. Ou du mal.

Il sera toujours simple
Il sera toujours clair
Il ne sera rien
À la forme de l’air.

Il y a quelque chose
Que toutes les croutes célestes
Que toutes les voutes terrestres
Ne peuvent embrasser

Il n’est pas nécessaire
De vouloir la nommer.

Je n’ai plus peur de mourir
Même si c’est demain
Le poème est à vous
Il est déjà loin

Ça ne se verra pas
Mais j’aurais posé à vos pieds
Ce que j’ai de plus faible
Et ce que j’ai de plus fort

Ma conscience la plus sûr
Qu’avec les yeux qui tremblent
Et une peur sans mesure
J’ai vécu sincèrement

Si seulement j’ai vécu.

(Illustration Maria Hassabi – Staging Solo2)

Je te repousse

Je te repousse
Je te repousse
Je te repousse
Je te repousse
Je te repousse
Plus loin
Que la fin
De ma peau

Je t’oublie
Je t’oublie
Je t’oublie
Je t’oublie
Je t’oublie
Constamment
En taisant
Chacun de tes mots

Je découpe
Je découpe
Je découpe
Je découpe
Je découpe
Lentement
Mes muscles
Mon cerveau

J’extraie
J’extraie
J’extraie
J’extraie
J’extraie
Les racines
Profondes
De l’eau

Je les brûle
Je les brûle
Je les brûle
Je les brûle
Je les brûle
Et leur cendres
Nourrissent
Ma renaissance

Je suis
Je suis
Je suis
Je suis
Je suis
Devenue
Bien plus
Que ta fille

———-

Tu es revenue
Et je vais mieux
Je cicatrise
Quand tu es loin

Je suis ici
Ça me va bien
Même si des fois
Je ne fais rien

Tu ne t’en vas plus
Et je suis là
Anti-chambre
De l’au-delà

Je te libère
J’ai de la place
Pour être seule
Et me faire face

LE COMPLOT MONDIAL DONT VOUS ÊTES LE HÉROS #2 – Ils parlent pour moi

Cela fait des mois.
Peut-être des années.
Une éternité.
Depuis toujours.
Ils.
Ils parlent.
Ils parlent pour moi.
Ils parlent dans ma tête.
Ils me parlent.
Ils me parlent de moi.
Ils me parlent de mon coeur.
Ils me disent
« Nous savons,
Nous avons ce dont tu as besoin. » 
Ils sont partout, et ils se cachent.
Je les affronte.
Ils m’écrivent.
Ils m’écrivent tous les jours.
Ils me disent
« Regarde,
Regarde bien,
Voilà ce qu’il te faut. »
Ils obliquent la trajectoire de mes pensées.
De mes journées.
Ils travaillent pour moi pour que je travaille pour eux.
Ils parlent entre eux.
De ce qu’ils veulent que je fasse.
Ils passent du temps, minutieusement, à concevoir un être humain pratique.
Ils brouillent les pistes des pensées, des sensations, du corps, de l’esprit.
Ils emmêlent tout ce qui peut être emmêlé.
Une fois que l’emmêlement est invivable.
Brutalement, ils le vident.
Quel soulagement (————vomissures).
C’est comme ça qu’ils deviennent des héros.
Des messies.
Des sur-hommes.
Mais les héros n’écrivent pas l’histoire des autres.
Les héros écrivent leurs propres histoires.
Ils veulent des pages blanches.
———— Ils effacent mon histoire.
Ils veulent des enfants-cimetière dans lesquels on range les boîtes.
Les boîtes morbides.
Les boîtes morbides sont pleines de choses.
Inutiles, synthétiques, radieuses, agressives, blessantes, simples, sublimes, atroces.
Un enfant-cimetière il suffit de le creuser.
Puis d’y mettre des planches.
———— Ils me cloisonnent.
Dans un espace plus petit que la petitesse.
Plus minuscule que le minuscule.
Ils détruisent la frontière de mon être.
Et l’enferme dans rien.
———— Ils veulent que je ressemble à un vide.
Ils me font trop microscopique, et sans limite, pour que je ne sache plus où je commence.
Et où je m’arrête.
Ils ont détruit ma frontière.
Ils ont éclaté mes certitudes.
Ils ont anéanti la substance liant mon corps à mon esprit.
« Tu vas avoir besoin de ça. » 
Ils préparent le futur et me le prédisent en même temps.
Ce qu’il ne savent pas c’est que je peux voir dans le temps.
Pour voir le temps c’est très simple, il suffit de regarder en même temps la vie et la mort.
Et d’accepter de ne pas oublier.
Ce qu’ils veulent oublier c’est qu’ils mourront, et que – seul – restera l’argent.
L’argent ne meurt pas. Les vivants meurent.
———— L’argent ne meurt pas. Les vivants meurent.
Ils aimeraient être comme l’argent.
Ne pas mourir.
Être un objet.
Un objet de désir.
De convoitise absolu.
Faire tourner le monde autour d’eux.
Ils veulent être des objets.
Ils veulent que je veuille être un objet.
Et que je me batte avec les autre vivants pour être l’objet le plus désirable.
Ils savourent la bataille qu’ils se livrent.
« Qui voudra le plus de moi ? »
Ils ne le montrent pas.
Mais quelque chose à l’intérieur d’eux à peur.
Pour ne pas montrer qu’ils ont peur, ils sortent des armes.
>>>>>>> ALORS ILS VIENNENT<<<<<<<
Ils sortent les matraques.
Ils me frappent.
Ils frappent chacune de mes pensées, chacun de mes gestes.
Ils battent à tout rompre le cours de mes instincts.
Pour trouver une nouvelle entrée.
Qui leur permette d’accéder à mon esprit.
Ils me disent que je suis bête.
———— Ils me disent que je suis désespérante.
Ils battent à tout rompre le cours de mes instincts.
Ils disent que je ne m’en sortirais jamais.
Que je finirais par crever dans ma pisse.
Froide, coulée sur mes pieds, inerte, faible.
Dégradée, perdue.
Perdue.
Perdue.
Ils me disent que je suis violente.
Que j’ai perdu la raison.
Que je vois des choses qui n’existent pas.
Que c’est la démence.
Je ne vois que leurs egos, leurs fantasmes, leurs névroses, leurs pathologies
s’étaler sans pudeur sous mes yeux.
La réalité contient une infinité de réalités parallèles possibles.
Ils suffit de changer de point de vue.
Ils n’en voit qu’une.
En attendant tous les jours.
Ils.     Ils.     Ils.     Ils.     Ils.     Ils.     Ils.
Ils parlent.
Ils parlent dans ma tête.
Ils me parlent dans ma tête.
Ils me demandent de devenir un objet.
Ils me demandent de devenir un objet comme eux.
Ils me demandent d’accepter de me laisser détruire.
Comme ils se sont détruits.
Je ne leur dit jamais que je sais très bien qui je suis.
Je fais comme si j’avais oublié, et je les regarde avec mes yeux vides.
———— Ils me jettent des images.
Ils sortent les matraques.
Ils traversent les canaux de mon esprit.
Ils ne savent pas que je ne suis plus là.
Ils ne savent pas que je suis ailleurs.
Ils ne peuvent pas le comprendre.
Ils me disent que je suis folle.
Je ne leur répond pas.
Ça ne me dérange pas.
Ils ne peuvent pas m’enfermer.
Ils sont seuls à croire que seule une réalité existe.
Je suis libre.
Ils sont enfermés.
———— Ils sortent les matraques.
Je n’ai pas peur.
Je les vois derrière les barreaux d’or de leur prison.
Ils disent que je suis folle.
Je vois les chaînes de diamants carbone autour de leurs cous de taureaux.
Prêts a ruer.
À hurler.
Ils me traitent de salope.
Ils cherchent l’arme pour briser mon silence.
Ils veulent m’enfermer.
Dans leur réalité.
Je suis libre.
Ils sont seuls à l’intérieur.
Ils mangeront l’éternité en entrant dans le couloir de l’oubli.
Ils verront leurs corps informes, ils verront leurs visages sans trait.
Ils ne sauront pas comment cela est arrivé.
Ils seront seuls.
———— Je serais toujours aussi libre.

Colonne de Vertige

Tu es élan de cristal
Habits de cris bestiales,
Fragilités sublimes
Capture d’objectif.

Dans un pli de ta robe
J’ai trouvé de la drogue
Un shilom d’étain éteint
Et des cendres froides.

Tu riais facilement
Des facéties des hommes
Et tu te plaçais simplement
Tout en haut du trône.
Tu avais cent fois raison
Parce que tu es la plus belle
Colonne de vertige
Incendie d’une ombre

Tu brûlais l’atmosphère
J’ai découvert le froid
Je soufre ton odeur,
Les fleurs sont mortes hier.

Peu importe ta couleur
Tu portais des arc-en-ciel
Des poches kangourous percées
De lait, de sucre, de miel…

Ma chérie, mais où es-tu ?
Au centre de la terre ?
Ton reflet s’est perdu
Ton fantôme te cherche…

Tu riais facilement
Des facéties des hommes
Et tu te plaçais simplement
Tout en haut du trône.
Tu avais cent fois raison
Parce que tu es la plus belle
Colonne de vertige
Incendie d’une ombre

J’amplifie le silence
Pour y retrouver les sons
Que t’as laissé dans les sols
Des murs blancs de ma maison

Tu mangeais une glace,
Et moi je fondais
Une goutte est tombée sur ta cuisse
Je ne l’ai jamais touchée.

Je perdais l’esprit volage
Je me cherchais des chaînes.
Le cadenas est ouvert
J’attends que tu le fermes.