Un crépuscule sublime

Je me sens
Dans l’eau
Dans la peau
Du temps

Je vois
– Première fois –
La forme
Des hommes

Je suis libre
Au milieu
De milliards
D’êtres humains.

SOUS TOI
J’ENTENDS
LE BATTEMENT
DE TA VOIX.

Il y a
Les alarmes
De tes gestes
Dans ma tête

Je sens
Sans fin
Les chagrins
Chantant

Mais je paye
De ma voix
Ce qu’il y a manquer
Des sons
Dissonants
Des êtres
Affamés
De leur propre
Reflet

Ma voix
Je la donne
Pour payer
Le retour
De la balle
Pour défaire
L’image
De ton corps
Abimé

Le pont qui jaillit
Au-dessus
De nos corps
Qui dérive
C’est pas
La mort
Qui arrive
C’est l’amour

Tu dévie
Par le fleuve
Tu suis le courant
Tu suis la lumière

Tu suis un mouvement
Et si le soleil descend
Je le suis à la trace
Parce que j’ai trouvé une place

Je suis à l’instant
Dans l’ombre de tes bras.

Tu fais le ciel rose
S’étendre sur moi.

Il n’y a… rien d’autre
Que je vois.

À ce moment

Je croyais que j’étais en pierre
Alors que toi tu m’aimes

Mes faiblesses se retournent contre moi
Alors que toi tu m’aimes

C’est le retour de mes absences
Alors que toi tu m’aimes

Je ne suis qu’un animal
Alors que toi tu m’aimes

À chaque fois que tu parles
Alors que toi tu m’aimes

J’ai envie de pleurer
Alors que toi tu m’aimes

Je me trompe
Alors que toi tu m’aimes

Laisser passer les peurs d’être un échec
Alors que toi tu m’aimes

Le monde est très très grand
Alors que toi tu m’aimes

J’ai besoin de toi
Alors que moi je t’aime

Tu as besoin de moi
Alors que moi je t’aime

La lumière est faible
Alors que moi je t’aime

L’horizon est loin
Alors que moi je t’aime

Le soleil se lève
Alors que moi je t’aime

La chaleur est réelle
Alors que moi je t’aime

Tu es plus grand que l’espace
Alors que moi je t’aime

Nous sommes un univers
Alors que moi je t’aime

Elle nous regarde sans nous juger
Alors que moi je t’aime

Hier est déjà passé
Alors que moi je t’aime

Demain sera bientôt maintenant
Alors que moi je t’aime

FEMELLE BLONDE

Femelle blonde
Sur divan bleu
Shampooing à l’huile
Dans les cheveux

Fade et dorée
Odeur soleil
Psychanalyse
Boucle d’oreille

Peau de velours
Vision dantesque
Le paradis
D’après les textes

Trop de mots
Dans le grand vide
Dilatation
De mes pupilles

Mâle affûté
Grande réception
Et grand ego
Dans des chaussons

Bracelet en cuir
Rire éclatant
Calcul en K
Pour tromper le temps

Regard furtif
En Versace
Elle sera triste
Si elle le sait

Des fourrures
Un manteau de larmes
Et un 4×4 dans
L’instant exacte

Des petits soucis
En forme de coeurs
De Dollars bleus
Et de rondeurs

Ecoute l’horloge
Compter les secondes
En grain de marbre
Fondre le sable

Le fleuve trop calme
Moi trop agité
Pour entendre les cris
De ta vanité

Femelle blonde
Sur divan bleu
Shampooing à l’huile
Dans les cheveux

Meurt à l’instant
Sinon toujours
Puisque jamais
N’arrive un jour

Ville // Chantier

Dawn over densely-built residential towers in Yanjiao, China, a suburb of Beijing.

Dawn over densely-built residential towers in Yanjiao, China, a suburb of Beijing, March 23, 2015. A new megalopolis around Beijing, Jing-Jin-Ji, is to cover ground the size of Kansas and have a population about six times larger than the New York metropolitan area. (Sim Chi Yin/The New York Times) *** Local Caption *** 14698439
ASIA CHINA URBANIZATION SUPER CITY MEGALOPOLIS URBAN PLANNING POPULATION GROWTH

Un pas, deux pas… 
Tout en haut du toit
Sur la terrasse de la tour 
Etrange panorama 

Le vent sur les muscles 
Car plus de peau 
Abandonnée plus bas 
Pour monter plus haut. 

Des kilomètres de vent
Qui ne touchent plus l’horizon
Qui cherchent le sol
Mais se perdent dans le fet d’une forêt de béton

J’ai escaladé des colonnes d’hommes 
Des chaînes d’os et de chaires
On a actionné la machine à axiome, 
Lancé le chantier de la terre 
Dans cette ville
On construit des bâtiments 
Fondés sur des mensonges 
Battus de songes immenses 
Des tours
Sur des centaines d’étages 
Qui empilent des idées, 
Des codes, des messages
 
Et les hommes qui ont donnés leurs corps 
Embrassent ces immeubles mouvants 
Échafaudages macabres et branlants
De leurs membres presque déjà morts 

Des chaînes d’os retiennent des chaires tendus 
Autour de ces bâtiments qui suturent
Milles intentions en devenir
Sur ces plate-formes on construit de l’avenir 
Il n’y a pas de bruit,
Il n’y a pas de voix
Que les grincements… qui crient 
Que le vent… qui rugit. 

Ma vision se trouble 
La chaleur m’étouffe
Si peu d’ombre tant de lumière !
Braquée sur ces montagnes de poussière…
Pas de pluie
Pas de pluie depuis des mois,
Rien que du soleil
Qui coule sur tous les toits. 

Tout en haut du plus haut 
De tous les balcons
Sur la terrasse de la plus grande tour 
J’ai regardé cette ville
Et ces piles d’idées ratées 
Amassées comme des trésors
Sur les étagères d’un musée 

C’est l’histoire qui brisent les hommes ? 
Ou les hommes qui tuent le temps ? 
Est-ce que je suis une victime ?
Est-ce que je veux être une offrande ? 

Tous les visages se confondent 
Sur les façades percées de plaies 
J’essaye de voir le monde
Et les hommes en entier 

Ils ont donné leur corps
À ce qu’ils pensaient possibles 
D’un passé invisible,
Des pavés d’une cité d’or. 

Et toutes ces chaînes d’os et ces parois de chaires 
Qui rampe le long des barres
Se crispent de crampes à vouloir tuer sa misère 
Grincent et se cambrent sous le poids de la matière 

Au pied de la ville j’ai tout abandonné 
Et il n’y a dans mes mains
Qu’une poignées d’instants
Que je veux sauver 
Et je sais, je sais trop que si j’ouvre les doigts 
Ils se diffuseront dans l’air
Jusqu’à ce que je perdes… Le fil
Le fil, jusqu’à les oublier 
Et les laisser prendre place 
Parmi les piles d’idées ratées. 

Le soleil en plein visage
Les muscles battus par le vent 
Au pied de la potence
Je regarde ce moment 

Il prend la forme d’un chiffre
La racine carré du sens de la vie
Il me dit que si je veux être libre
Je dois tout abandonner

Alors j’ouvre la main 
Desserre mes doigts
Et laisse la lumière fondre 
Ce qui ne m’appartient pas 

Le soleil en plein visage…
Et sur les muscles…
La caresse de l’éventail de tous les moments possibles 
Le temps sans paresse atteint toujours sa cible 

Tous les visages se confondent 
Aux façades percées de plaies 
Maintenant je vois le monde
Et les hommes en entier 

Avec mes os avec ma peau
Je vais grossir les chaînes et monte sur l’échafaud 
D’une ville en sentence perpétuelle
Sur le plus haut du plus hauts de tous les balcons 
Sur la terrasse de la plus grande tour
Regarder une dernière fois la ville
Fondée sur des piles
D’idées ratées
Prises dans les bras d’humain en chantier 

Gravitationnelle

Vivre la vie en dent de cil, en équilibre sur la scie du rasoir
Au gré du fil à couper le beurre entre avoir peur et avoir mal

La tisane cicatrisante plutôt qu’avoir la science infuse,
Je sais pas grand chose de la grande vie, juste qu’à la fin ça use.

Je suis fraîche comme un gardon, un bout de charbon, de la craie bleue
Je sens pas encore l’eau de cologne, et pourtant je me sens vieux.

Comme un jambon séché qu’a rien demandé, un saucisson de tête de con,
La poussière en haut de l’armoire, et les angoisses de dortoirs.

Vieux comme un vieux rouble, un livre en grecque pas moderne,
Je me sens vieux comme de la soupe, les pigments noirs des cernes.

J’ai pas inventé l’eau chaude, j’aurais pu avec le temps,
Avec le froid de tes regards gris, la douleur de tes mouvements.

Ça sent le fromage de tête dans les carnets de mes brouillons,
La recette moins quelques lettres pour apprendre à être moins con.

Je ne connais
Pas beaucoup de trucs de vrais.
Et plus je vieillis
Et moins je sais
Ce que c’est que la vie.
La confiance dans le fond du pantalon
Et la confiance dans les talons
Pas compensés
Décomposé
La vérité c’est relatif
Un peu comme la gravitation
Et l’énergie que je dégage
N’est peut-être qu’une illusion
Albert est muet à mes questions
Albert est muet à mes questions
Albert ne m’a rien dit
De l’orbite que je suis.

PLastic // Hélicoptère

 

Parti de loin, parti de rien, on a juste quelques souvenirs (toujours les mêmes) à raconter pour se construire une légende éphémère et le contre-coup du vide du passé qui la détruit aussitôt. Un cercle fermé. Comme une vague qui jaillit et qui se brise contre elle-même. Quand on est une vague on voit par à-coup la plage et tous les gens dessus, debout, qui jugent, qui aiment, qui évaluent, qui comptent, qui rient, qui jaugent, qui ont peur. Quand on entend leurs paroles elles tournent autour des oreilles comme les hélices d’un hélicoptère, prêtes à trancher. Un boomerang qui va et qui revient de propos malsains, de récits héroïques, d’histoires d’amour troublantes, de beauté sans fard, de jugements aveugles.

On sait comment ça sonne un jugement aveugle, comme une alarme à incendie. Pourtant on se démène comme une vague, à prouver qu’on est là, qu’on y a pensé, qu’on veut bien donner. Mais personne ne bouge, y’a personne pour se baigner. On pourrait passer l’éternité ainsi, à vouloir mais à rencontrer des murs, des façades de refus, de froideur, de mépris. Du mépris, comme s’il en pleuvait dans les yeux des gens qui pleurent avec leur ego. Se briser les uns contre les autres.

Bien avant on se demandait : c’est quoi la mer ? C’est quoi l’océan ? On vivait sur terre avec nos pieds, il n’y avait rien de plus clair que les pas qui résonnent jusque dans les tympans, qui donnent des distances, la longueur de la jambe, l’équilibre dans la voute. Y’a que Jésus qui marche sur l’eau, qui sait que ça résonne pas quand on traverse la Mer Rouge à pied. Il y a les ondes qui descendent jusque dans le fond de l’océan et ces pas sourds qui ne disent rien, pas de distance, pas de longueur, pas d’équilibre.

Quand tu es une vague, tu sais que la vibration est interne, et qu’il ne faut surtout pas attendre Jésus. Mais tu n’es pas seul, tu es face à la plage, aux paroles qui tournent comme les hélices d’hélicoptère dans le creux des oreilles, aux jugements aveugles et au mépris. Tu as le chant des baleines, les violons de la mer, ta propre limite que personne ne connait.

Sur la plage, il y a des gens seuls mais qui se donnent la main juste pour ne pas se perdre, ils ont leur mépris et leurs jugements aveugles, les récits héroïques, les alarmes, des beautés sans fard, des paroles humaines. Des nombrils comme des soleils pour se donner chaud l’hiver, et briller l’été. Le confort d’avoir des beaux doutes sur qui baiser, sur le luxe du choix de son existence. La gloire n’attend pas.

Est-ce que tu comptes encore ? Est-ce que tu as quitté le monde des hommes ? Quand tu es une vague tu n’es pas seul, tu es face à la plage. Tu n’attends plus, tu es devenu éternel, et toute les 20 secondes tu es la plus belle chose qui arrive au monde, la caresse pure.

Adorno : « Sans doute les œuvres d’art importantes sont-elles, de façon générale, celles qui s’assignent un but extrême, qui se brisent en voulant l’atteindre, et dont les lignes de fracture demeurent comme le chiffre de la vérité suprême qu’elles n’ont pu nommer.« 

Pet d’Esprit

005275-Pelle-ronde-27-cm

Si me vient une pelle
Je pourrais creuser mes idées
Reboucher mes trous de mémoire
Et casser le miroir

7 ans de malheur.
C’est le cursus nécessaire au minima
Pour être un parfait romantique.

Pour l’instant, j’ai pas fais mon choix,
Car si j’ajoute le choix
Je peux à tous moments décider
De reboucher mes idées,
Ou de creuser mes trous de mémoire.

La meilleure chose, pourrait être que RIEN ne vienne,
Mais pour qu’il vienne il lui faudrait un pied ou une roue et là ça marche plus.
Tu peux plus te ramener comme ça et dire « Je suis rien »
Car à ce moment précis en plus de ton pied ou de ta roue
T’as une bouche et là tu peux plus te foutre de ma gueule.

Passons.

Même s’il ne venait pas, le rien, serait rempli de vide,
Alors il ne serait plus rien vu qu’il serait plein de vide.

Si je creuse mes idées avec rien
Et bien j’aurais les idées vides
Et si je rebouche mes trous de mémoire avec le vide
Ça veux dire que le trou risque d’être très haut.
Et j’ai le vertige.

Alors ajouter à tout ça,
Il commence à être loin le poète romantique.

Enfin d’avoir le vertige ça vient quand il y a effet de hauteur.
C’est pas mal,
On est mal
Mais on est pas en bas.

Car le bas c’est un truc très spécial
C’est péjoratif le bas
Tu viens d’en bas,
Porter coup bas,
Retourne là-bas.

Y’a que par deux que le bas devient cool.
Au pluriel ça donne les bas.
Et les bas quand c’est bien porté
C’est quand même classe…
Même si t’es de la classe d’en bas avec des bas, si les mecs en sont baba et que tu te débrouilles bien dans les ébats,
Bah tu peux généralement monter les échelons et d’une certaine manière… Finir plus haut.

Tout ça pour dire qu’en y réfléchissant et après relecture, et bien j’aurais jamais du commencer ce texte.

Il va falloir que j’me paie une pelle,
Que je me casse la tete et ça, ça fait mal,
Mettre la pelle dedans et ça, ça fait encore plus mal.

Pour me rendre compte que RIEN ne vient et que ce rien à pied ou à remorque est rempli de merde.
Si un jour je devais par mégarde réciter ceci devant autrui,
Il faudra au préalable, que je rentre dans le personnage du mec qui a un trou du cul à la place de la bouche et qui s’apprête
À chier en public.
Ça dépend de l’intensité du texte.
Ça peux n’être qu’un pet si il est très léger.

Sauf que je suis très pudique
Du moins à ce niveau.

En même temps t’as beau être léger tu restes en bas, c’est les lois de l’attraction qui veulent ça.
NEWTON — LA POMME.
Par contre le pet lui va toujours vers le haut,
Lui il est pas attaché au sentier des vaches.

J’ai fais une croix sur le romantisme et on peut dire que ce texte est léger, enfin,
que cette merde est un pet
Qui finira au ciel.
Vers le haut.
Tellement loin,
Qu’il ira au paradis
Avec les autres pets, les nuages, Jésus et peut-être Dieu.

J’espère à ce moment là, qu’il leur mettra un bon coup de pelle dans la gueule.

Au lieu de creuser une idée de merde.

A.G.

allen_naked

Allen Ginsberg/Le sentiment absolu de devoir faire voler en éclat la structure pesante de l’existence/
Déchirer devant le souvenir de la parfaite étendue de l’océan/
Rien ne sera plus jamais pareil/
Je ne comprends rien à mes contemporains/La chose actuelle/
Mes capacités commerciales sont plus pauvres que mon pouvoir de télépathie/
Un poème peut-il mourir ?/Conflit total entre espoir aveugle et résignation suicidaire/
Fracture abstraite de mon plexus/Violence du goût du sang/Une trace, un filet, une ligne, une direction/
Je n’ai pas de route/Peut-être parce que je ne l’ai jamais prise/
Les voix du Seigneur sont impénétrables/Amalgame confus entre le Seigneur et la Création/
Je ne peux m’empêcher de penser qu’ils sont une seule et même chose/
Je n’ai pas besoin de croire en moi/Je crois en Dieu depuis ma naissance/
Handicap relatif au manque de matérialisme de mon éducation sur-intellectualisée/
Besoin de rien envie de…/Fracas absurde entre la réalité et ma réflexion/
Le rire est une solution temporaire/Une expression fragmentaire de l’inné et de l’acquis/
Les couleurs sont plus solides que mes mots/Il n’existe rien de plus flexible et de plus puissant qu’une couleur/
Je n’ai aucune vérité/Elle se trouve dans la lumière qui réfléchit les choses/
L’espace est en dehors de ma mesure/Les distances parcourues par les rayons me reviennent trop lentement/
Je déplore ma très mauvaise vue/La lenteur de mes déplacements/Je suis une contradiction dans mon époque/
Le temps est un outils/J’ai pourtant toujours été très manuelle/
Je ne me résigne pas/Mais j’oublie vite/Mon vieillissement n’arrive jamais/Eternel stupide/
Impression que je vivrais 120 ans/Mais que j’en aurais véritablement 90/30 ans de retard/
L’année prochaine j’ai 30 ans/Je nais l’année prochaine.

1,6m2 de peau

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Lavague2

J’ai en moi des vagues et des scènes de théâtre,
Des souvenirs comme tout le monde,
Des couleurs qui sonnent cartable,
33 vertèbres, 1,6 mètre carré de peau
Un foi, autant de cerveau.
Un coeur, deux tendons d’Achille,
Un atelier de création
Dans le fond de ma poche gauche,
Un prénom qui se coupe en deux
En fille, en garçon
Un nom de famille qui me tiens chaud
Parce qu’il sent le gaz comme disait un pote,
Des tabous qui finissent en maladies
Des aigreurs d’estomac,
Des paquets de cigarettes blondes
Et mes cheveux noirs.
Je perds mes élastiques,
Mes cadeaux les plus chers,
Mes écharpes, ma jeunesse,
Mes souvenirs, mon innocence.
Je perds du temps,
Et de l’amour par la même,
Et souvent
Je perds aussi mes poèmes.
Mon stylo ne sauvegarde plus ma mémoire
Le Doliprane non plus.
On s’est offert des bouquets de fleurs
En guise de ferme ta gueule.
Des murs de cicatrices
Des croûtes qui s’empilent
Sous les peintures à l’huile.
Je me souviens du coup de foudre raté
Entre un éclair de quiétude et le reste de ma vie
Et puis le béton qui arrive qui tombe qui coule
Comme les grandes responsabilités…
Les grandes responsabilités.
Alors je suis partie voir l’océan,
La mer, les plages mortes,
Les messages dans les bouteilles
Et la mort dans ces poèmes.
J’ai peins sur la soie avec de l’eau
La blancheur de mes angoisses
Le vide qu’il y a en moi
La fatigue qui me terrasse.
J’ai peins du PH neutre, l’odeur l’air,
L’intérieur de la façade,
La fenêtre qui donne sur le sous-sol
Et un couché de soleil matinal.
Et puis j’ai regardé
Mon absence foisonnante
Mourir sur le sable
Exactement là où la mer se termine,
Juste au bout de la vague.

Je suis rentré chez moi
À l’époque ou fleurissent les cerisiers
Ca sentait la glycine, le bois,
Le bitume, les frites, les voitures cassées.
J’ai attendu la mousson
De revoir l’océan
De quitter le mouvement
Et les barreaux de sa prison
En attendant…
On s’est pavané sous les UV
Avant que ça devienne des obus.
J’ai rien vu
Dans la transparence du miroir,
Dans nos regards opaques,
Et j’ai enterré ma grand-mère
Sous un putain de soleil.
Aujourd’hui
Je suis toujours enfermé
Dans ce que je compte pas,
Dans ce que je perds,
Dans le temps
Qui passe trop vite et trop lentement.
Dans la douleur en fusion
Dans le réacteur nucléaire
Qui trône au fond de la faille
Qui s’cachait au fond d’la mer.
Aujourd’hui
Je suis toujours enfermé
Dans le grand balais de la société
Entre mensonges, sourire et magasines pour les gonzesses
Qui t’explique la vérité mondiale
Entre deux paires de fesses…
Alors voici les fleurs, l’eau, la soie,
Le tombeau, la boussole,
L’autre monde, le miroir, le passage,
Le sens de la vie,
Le sens des aiguilles.
33 vertèbres, 1,6 mètre carré de peau
Les vagues, les scènes de théâtre
Un pont entre deux rives
Un foie, autant de cerveau.
Et puis une horloge sans réglage
Qui indique sans cesse
La saison de la moisson de mes espoirs.