Mélancolie de la petite-grosse

Je ne bouge pas, je suis incapable de bouger. J’attends.
Je suis juste assise, immobile à peser cent tonnes sur une chaise.
Pourtant pas de doute je suis bien oppressée par des relents
Un mal de mer intérieur berce mes tripes au mal aise
Ou une vague imaginaire, la vague, le mouvement.
Je la vois bien à l’image de celle qui trône parfaitement
Immobile au milieu de mon mur blanc.
Elle est superbe car elle reproduit et simule
Avec un réalisme saisissant
La colère de la tempête crachant son écume.
Mais elle est aussi le symbole de l’affreuse attente
Et la représentation d’une parfaite beauté
Du jaillissement fébrile de nos âmes pétrifiées
Pétrifiées à leur apogée.
Et cette vague je suis bien comme elle
Infiniment figée mais infiniment réelle
Le dynamisme de son mouvement est parfait
Mais éternellement suspendu dans le temps
Et voué à n’être que l’image de ce qui aurait pu se réaliser.
Elle attend sur son papier de rouler, elle attend.
Elle attend d’écraser dans son rouleau la frêle embarcation
Qu’elle s’apprête toujours à engloutir avec passion
Mais elle n’en finit jamais de rouler, elle attend.
Et l’embarcation n’est jamais brisée, elle aussi attend.
Chaque homme dans le bateau attend, attend de mourir.
Et ils n’en finissent plus de voir la mort venir.
Je suis cette vague qui attend
Qui attend de briser avec fureur le bois du bateau, qui attend.
Et qui attend avec la même fureur de se briser contre son propre flanc.

Les Enfants Part.1


Les enfants construisent des empires
Autour de leurs tout petits nombrils

Et se dépoussière leur grand ego
Quand maman dit «au bain !»
Alors ils s’astiquent soigneusement
Avec leurs petits doigts et du savon bio
Et ressortent tout brillant des eaux.

Ils étincellent dans le jour
Et illuminent le soleil
Avec leurs sourires
Ils produisent de la lumière.

Ils se promènent dans les rues
Et ont les voient partout
Parfois ils font peur
Quand ils sont très forts
Et puis ils grandissent
Et apprennent à vivre ensemble
Tout grands egos qu’ils soient
Ils s’aiment quand même
Ils se rencontrent à l’école
Puis au lycée et à la fac
Et ça c’est l’époque
Ou ils font nawak.
Ils brillent toujours
Même s’ils ne s’astiquent plus
Quand maman dit «au bain !»
Il se lavent moins…
Ils se lavent entre eux
Ils se lavent en s’embrassant
En étant amoureux
Ils n’écoutent plus maman
Même s’ils l’aiment beaucoup
Maman elle elle se lave
En oubliant beaucoup
En souriant quand elle veut pas
En rayant des vieux numéros
En effaçant des hommes
Ils sont libres les enfants
Quand ils ont plein de temps
Ils sont beaux à en faire peur…
Quand ils s’aiment plus que les autres
Quand ils n’aiment au fond qu’eux-mêmes
Parfois on dit que c’est pas de leur faute
Que c’est celle du système.
Quand elles sont grandes les filles collent
Des étoiles au bout de leur doigts
Pour tirer les garçons
Dans la toile de leurs draps
Les garçons acceptent
D’avoir l’air un peu hybride
Les filles n’ont rien demandés
Et puis en fait si…
Mais on sait pas trop en vérité.
Les enfants brillent dans les rues
Munis de leur beauté
Qui battit des murs autour d’eux
Pour les protéger
Des murailles qui partent du nombril
Qui les enserrent amoureusement
Et leur fait voir la vie autrement
Les contours évoluent
Autour de leurs corps
Eux ils croient que le monde
N’avait pas décidé de changer
Alors qu’ils ne font apparaître
Que ce que le temps avait prédit
Quand je les regardent je vois un gros bébé
Assis tout en haut de l’Empire State Building
En train de rire à gorge ouverte
Du monde qu’il croît faire naître.