SELFIE#1 : L’Art Nombriliste

selfie#2

Ceci est une photo.
↳ De moi.
↳ En train de me regarder.
↳ En train de me regarder prendre une photo.
↳ Une photo de moi.
↳ Ceci est donc une photo.
↳ De moi.
↳ En train de me regarder.
↳ En train de me regarder prendre une photo.
↳ Une photo de moi.
↳ ETC﹏﹏﹏﹏﹏﹏﹏﹏﹏﹏
❀❀❀ Bienvenu dans la boucle de mon ego ❀❀❀

Est-ce que c’est :
un autoportrait ? 〈〈〈  Ou de la grosse branlette ?
Est-ce que les gens font ça :
pour faire semblant de prendre du recul ?
〈〈〈  Ou pour regarder leur propre vie s’étaler sur internet ?
Je n’ai pas peur de faire ce genre de photo, j’ai peur que ça finisse par me rendre STUPIDE.
Est-ce que je préfère les gens qui montrent leurs culs ou les gens qui étalent leurs souffrances ?
Est-ce du narcissisme ou un acte sans conséquence ?
Les fausses pudeurs.
La masturbation.
Se faire gonfler les parties.
Confessions INTIMES.
Savoir que les autres savent.
Savoir que les autres savent que tu sais qu’ils savent.
Des boucles ⇢⇢⇢ Des rubans de Möbius ⇢⇢⇢ 
Juxtaposition primaire d’éléments qui forme, en fait, un puzzle évident.
Les désirs, les fantasmes, à peine cachés, les névroses, les histoires de ta vie.
Je ne suis pas vieux jeu, je ne suis pas contre.
Par contre je suis triste, et un peu perdue.
Parce que je ne sais pas ce que ça nous apporte,
À part le sentiment souverain d’être tous ♕ tout-puissant ♕.
Il y a les heures ou je te dirais que c’est le pire concentré de merde de toute la terre.
Il y a les heures ou j’accepte sans en avoir rien à faire.
Et il y a les heures ou je me dis que l’Art est mort, et que ceci n’est qu’une preuve supplémentaire de sa profonde dévastation.

http://www.esquire.com/blogs/culture/selfies-arent-art

http://www.vice.com/fr/read/prendre-des-photos-de-tout-et-n-importe-quoi-nique-notre-mmoire/?utm_source=vicefb

http://www.nytimes.com/2013/10/20/sunday-review/my-selfie-myself.html?_r=0

Très cher Dieu,

– Jour 2 666 –
Très cher Dieu,
Aujourd’hui tu peux être fier de moi, j’ai mangé tous mes haricots verts et Maman m’a fait un beau sourire quand elle a vu mon assiette toute propre. J’aime ses grands yeux sereins à l’idée de mon estomac rempli de ces végétaux insipides. Des fois, je crois pouvoir m’y noyer à l’infini dans le tourbillon d’une douceur de parfum. En comparaison les haricots verts sont sans valeur. D’ailleurs je crois que je ne saisis pas encore toute l’essence de leur existence, quel est le secret que tu as caché au fond de leur coeur ?.. Mais surtout POURQUOI EST-CE SI IMPORTANT D’EN MANGER ?

– Jour 4 531 –
Très cher Dieu,
Aujourd’hui comme tous les jours depuis un mois je n’ai pas rangé ma chambre. Toute la famille est folle d’inquiétude et je ne comprends pas pourquoi. Pourquoi est-ce si terrible ? Y’a-t-il un mal curieux qui pourrait me frapper si ma chambre n’est pas en ordre ? La seule chose que j’aime ranger, c’est les haricots verts une fois équeutés, dont je fais des ballotins. Des belles rangées, bien jolies. Après je les range dans mon estomac, et je me dis qu’ils restent bien ordonnés pendant ma digestion parce que les haricots verts sont des végétaux très sages. Maman dit que l’adolescence pousse au désordre parce qu’on ne sait plus bien qui on est à cause des changements dans le corps. Les haricots verts changent aussi, mais je ne crois pas qu’ils fassent une crise d’adolescence…

– Jour 5 792 –
Très cher Dieu,
Je n’ai jamais rien trouvé d’exaltant dans le coeur des artichauts, cependant, tu as placé dans le mien un amour immense pour des garçons. Qui ne m’aiment pas. Et je n’ai jamais chéri les haricots verts, et peu m’importait qu’ils aient eu de l’affection pour moi. Mais les garçons sont si différents… Je ne sais trop quoi penser de l’amour. Car en grandissant je crois savoir où je vais, mais en même temps il me semble que tu caches de plus en plus profondément l’essence des choses. Dois-je comprendre dans ce paradoxe que je devrais essayer de manger le-dit garçon afin de saisir sa vraie nature ? J’imagine que ce doit être à la fois indigeste et mauvais pour la santé des deux parties. Si Maman a l’air si inquiète c’est qu’elle doit savoir que les garçons ne sont pas comestibles.

– Jour 6 984 –
Très cher Dieu,
Depuis neuf mois maintenant, je me rends chaque jour à l’université. J’y apprends des tas de choses diversement utiles, seulement il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi avoir fait du monde des hommes quelque chose de si petit ? Je ne porte aucun crédit à la thèse de la punition et du bannissement, parce que ce serait bien trop facile de ta part. La plupart de tes ouailles sont persuadés que le meilleur vient après la mort, ce qui me rend curieuse. En même temps je te trouve bien fourbe de ne pas nous laisser en faire l’expérience plusieurs fois. Certains disent que l’amour est la réponse à tout, seulement j’ai découvert le point commun entre les haricots verts, les humains et les théories philosophiques, ils sont tous insondables. Pour différentes raisons, certes, mais les moins pénibles étant les haricots verts je ne suis pas certaine de saisir toute ta logique.

– Jour 7 851 –
Très cher Dieu,
Je sais déjà que tu vas m’en vouloir. Cette nuit j’ai pris en inhalation presque un demi gramme de cocaïne, puis j’ai fais l’amour avec un homme que je ne connaissais presque pas, et ça ne m’a apporté aucune réponse. La drogue est comme l’amour mais encore plus stupide, car après m’avoir fait croire au bonheur, elle ne me laisse que remords et souffrances une fois dissipée et pas un gramme d’expérience. Je la traiterais d’hypocrite si elle avait une conscience, mais je ne sais pas où se trouve l’esprit de la cocaïne. Peut-être se loge-t-il dans le creux de mon ventre où il ne laisse presque aucun espace, à part pour quelques petits haricots verts sordides et sombres. Mais pourquoi faire cohabiter cocaïne et haricot vert dans le même estomac, dans le même monde ? Ils ont si peu en commun. Tous les matins, ton monde me surprend mais surtout ce que nous en avons fait.

– Jour 8 613 –
Très cher Dieu,
Aujourd’hui j’emménage seule pour la première fois, je prends mon envol comme on dit. Mais quelle ironie, je me retrouve écrasée sous le poids de la paperasse et des responsabilités angoissantes qui sont le lot des gens qui deviennent des ‘adultes’. Maman ne se préoccupe plus vraiment de savoir si ma chambre est bien rangée, mais j’aimerais tant qu’elle le soit. Maintenant je peux jeter les poêles contre les murs personnes ne viendra m’engueuler, à part la poêle ou le mur. Qui ne me font pas peur. Je ne sais pas trop de quoi j’ai peur, à part de me noyer. Pourtant je ne vais jamais à la mer ni à la piscine. La dernière fois que j’ai planté une copine qui voulait aller à la piscine, j’ai passer l’aprèm à lire des conneries sur internet dont l’article Wiki sur les haricots verts. J’ai passé la soirée seule, j’ai eu une crise d’angoisse, j’ai voulu manger des haricots verts mais je n’en avais pas, alors j’ai bus de l’alcool fort. Je me demande si toi aussi tu as peur de quelque chose.

– Jour 9 999 –
Très cher Dieu,
Je t’écris à l’instant ou ma main s’apprêtait à commettre tous les pêchers en même temps. Toute la nuit j’ai voulu mourir pour toutes les pires raisons que tu ai créé. Par gourmandise j’ai cédé à toutes les drogues, par orgueil et luxure j’ai voulu posséder tous les êtres humains de cette terre, par envie et jalousie je me suis vidé de toute mon innocence pour mieux séduire, par avarice et colère j’ai détruis tous les secrets et l’amour que l’on m’avait offert, et par paresse je n’ai manger ce soir que des haricots verts. Quand il n’en est resté qu’un au fond de mon assiette je l’ai regardé, j’ai voulu très fort être lui, mais cela m’a fait tellement peur que je n’ai plus voulu, donc j’étais à nouveau contente d’être un humain. Alors je n’ai plus voulu mourir, j’ai voulu être avec un garçon, mais il n’y en avait pas dans la pièce, donc j’ai pleuré. J’ai finis par manger le dernier haricot vert, il avait le même goût que les autres mais en plus doux. A ce moment, j’ai eu peur que la mort ai ce goût là.

EN RETARD

Ca faisait longtemps que j’avais pas eu quelques choses à dire. L’envie d’incruster un fragment bien dur décroché d’une immensité chaotique dans le mou du quotidien… Détacher l’Himalaya à la main de la surface terrestre pour l’écraser. Quand on essaye de juxtaposer l’Everest face à lui-même on fait tomber des tremblements de terre monstrueux, des éboulements de roches, des massacres entiers et des petits bouts d’os.
On réduit des paysages à néant pour en bâtir de nouveaux.
Moi j’ai renoncé à des contrées entières, à un horizon plus vaste que toutes les consciences, j’ai déchiré mon champ de vision pour y planter de l’inconnu pur.
Depuis je regarde la plante poussée, et jour après jour je sais de moins en moins qui je suis. Je m’éloigne du bord. Alors que l’océan ne m’attire que pour les rivages qui l’enserre. Les côtes, les plages, les ports, les villes, les montagnes, les pays tout entier cachés derrière une ligne d’eau noire.
Je suis Jeannine, les pieds dans l’écume, qui regarde un milliard de possibles sortir des eaux… puis s’effondrer aussitôt dans le magma du hasard. Jeannine, accoudée, la tête reposée sur la barrière de métal du bateau se laisse brûler la peau par les UVs d’un destin tout puissant.
Je suis partie, pour changer. J’ai subis tous les errements de la pétasse déracinée à 600 bornes de chez elle. Pas loin. Juste à une ligne du temps en décalée de celle d’avant.
Chez moi et ailleurs le temps ne s’est jamais arrêté, et j’ai vieillis en même temps que tout le monde.
Avec les mêmes cernes bleues qui gangrènent mes yeux de Paris à Tokyo en passant par chez ta tante.
C’est juste que ça fait peur de se voir dans le miroir avec toujours la même tronche et de savoir qu’à l’intérieur y’a eu des effondrements, des implosions, le terrassement par le vide, des reconstructions inachevées.

Au milieu des ruines, parfois sublimes, d’une ville sans chef je n’accepte pas l’idée d’avoir loupé 15 ans d’existence cantonnée dans les tranchées d’une guerre fini 10 ans plus tôt. D’avoir moisi comme un vieux fruit transgénique dans les rangées d’une serre humide, programmée 12 mois à l’avance, cageot, cargo, Carrouf, ta cuisine, ta poubelle. Qu’a pas eu le bonheur de venir au monde dans un champ, libre, sauvage, battu par l’amour de la pluie et du soleil.
Il aurait fallu partir plus vite, être plus fort, avoir plus de chance.
La chance s’échappe, elle n’existe pas, on est faible, on part pas, on part trop tard. Quand on a fixé des colonnes de points de sutures ratées.

Mais en vrai l’Everest ne laisse pas de blessures, l’horizon reste vaste, et aujourd’hui Eve dans son jardin mange des tonnes de pommes. Jeannine a la peau qui crame, ses pieds inondés dans le volcan, de l’écume déborde des vagues.
Si on fait l’autruche avec la tête bien enfouie dans le sable on aperçoit toujours au coin d’une galerie souterraine l’oeil de notre Abel qui nous observe. Un oeil qui crie :
En retard, en retard !
Je suis en retard, en retard !
Non, non, non, non, non, non, non,
Quelqu’un m’attend
Vraiment, c’est important !
Je n’ai pas le temps de dire au revoir
Je suis en retard, en retard !
Alors on sort la tête de sa tombe, on avale son buvard, bien gentiment, bien sagement. Et on passe de l’autre côté du miroir. Gagner 15 ans d’existence sur un champ de ruines, dans le creux du dédale des pierres et des choses qui, en fait, ne meurent pas.

J’ai l’air stable

Poème d’été (malgré tout) –

Je garde
L’air stable
Avec mon menu 0%
De matière grasse,
La mine fraîche
Comme un matin de bonheur
Tatouer au blush 4ever

Je garde
L’air stable
A vouloir avoir les joues creuses
Mon petit style cockaïnoman/
Guitariste/hardeuse

Je garde
L’air stable
Avec mes comprimés organique
Pour évacuer la cellulite
Mes collants en machin truc …thylène
Qui me donne
L’air hyper bonne

Je suis bien en équilibre
Dans ma ligne
Sur ma silhouette
Dans ma tête

Je garde
L’air hyper saine
Avec mes compensés nutritionnels
Mes repas disproportionnels,
Le sport pour le cul,
Et deux cours de pole dance
Par semaine.
J’m’en tape des barres.

Et puis William, il a dit :
« Maintenant c’est la gaine »
Ok William !
Pas de problème !

Engainer quelques kilos,
Enchainer mes conneries
Engraisser des entreprises
De poudre aux yeux !
A moins que ce soit moi
Qui prenne du poids…
Vas-y passe mon verre de weight watchers
J’ai comme un petit creux d’estomac.

Et puis je garde
L’air hyper stable
A me tricoter des pulls trop petits
En gardant le sourire
En me brossant les dents
À l’email diamant

Des rubis dans la bouche
Pour faire les beaux discours de l’amour
En robe de soie lamée
Larmée, l’armée, l’âme, lame
Putain que des choses hyper équilibrées

Comme les haricots verts,
Ou non les brocolis
Tiens un chou-fleur
Le complément idéal
Pour se sentir en harmonie.
La composition du menu
Commençait avec
Ouais salut, moi tout va bien !
T’as vus, trop belle ma vie de femme !
Trop génial, formidable.

J’ai écris dans mon journal :
Cher maman,
Tout va bien,
Je suis en excellente santé
D’ailleurs je vais de mieux en mieux.
Et toi ? Comment ça va ?
J’espère que tu vas mieux qu’hier,
Et que tu iras mieux demain.
Mais c’est sans doute l’inverse.

Alors je garde
L’air hyper stable
A courir après mes utopies
En 14 centimètres
Jouir du corps des autres qui jouissent du sien
Etre presque plus rien

Un litre de caféine pure
En intraveineuse
Et tenir jusqu’au petit jour
La charge de ces nuits douloureuses

Je garde
L’air hyper stable
A fumer des cigarettes
Pour mon teint blême
Pour l’haleine, pour ma peine
C’est sept calories de moins
A chaque bouffée
J’vais me bouffer les os
Qui se rapprochent de ma peau

Les valises sous mes yeux
Les cernes et la graisse
J’encaisse,
L’air de rien, l’air très sain,
Les pots d’échappements
Mon moteur en roue libre
Pour purger l’excédent.
Pour perdre l’équilibre.

Fracture sensible

Y’a forcément eu un jour ou t’as sentis la fracture du monde résonner dans le fond de ta gorge,
A un moment ou t’avalais un peu de salive épaisse et blanche.
La salive des bouches séchées d’angoisse et de produits illicites.
La sentir dans les intestins qui se tortillent en souffrance,
Des fois en boule dans le lit avec une prière d’insultes et de désespoir
Pour un prophète en qui tu voudrais croire.
Et puis tu t’es enfoncé dans cette fracture grandiose, plus grande que toi,
Comme on s’enlise dans les ténèbres à contre coeur mais sans résistance.
Une main quelque part dans ton champs de vision
Qui se tend mais qui te pousse toujours plus profond.
Comme le bonheur qui aiguise sa lame le long de ton cou.
Un jour t’avais dis : j’ai changé..! J’ai changé…
Je vais changer de vie, changer de vernis,…
Changer de direction, de mascara, changer de masque…
Tu penses changer de culotte tous les jours, mais tous les soirs
Ca sent la même odeur moisie que tu te penches ivre sur ta vessie
remplie d’alcool.

Tu as finis par installé ton lit au milieu des fragments
Des morceaux cassé en trop de fraction
« Quoi tu comptes encore ? » Non ce ne sont que des bouts
De temps qui s’égrènent à mon chevet.
J’habite dans mon lit
Sur mon île

Plages de cadavres placides et bouches bées, comme la tienne,
Bras invalides jambes inertes, comme ton corps,
Quand on croit faire face aux démons des fois on finit par se voir en miroir
La fracture, la mort, une similitude ou l’absence de différence
C’est ni l’enfer ni le paradis, c’est juste fini.
Qu’est-ce qui y’a après ? Que dalle, nous avons enterré le bon dieu.
Panneau, pancarte : La religion est mauvaise pour la santé
Et l’obscurantisme grandit sur la terre de mon besoin de croire.
Moi je croyais que mon coeur n’était pas si con
Que si un jour j’ai pleuré pour le Caravage, c’était pour ses mains, ses yeux,
Et dedans l’amour d’un prophète.

Elle est bonne la blague.
Alors on dit tous bien fort : « Bonsoir le Grand Capital ! » –
On va boire le vin du sang de tes enfants.
On va en verser sur les murs que tu montes et que tu effondres.
On va reproduire le cercle du temps.
Et puis on fera couler dans mes veines le poison de ta luxure.
Je m’endormirais la tête sur tes genoux ivre d’injustice
Et de croyance aussi absurde que l’athéisme le plus violent.
Plus tard je m’éveillerais avec une gueule de métal
Et il y a de fortes chances pour que je sois devenue un robot.
A ce moment il n’y aura plus de fractures, ni de salive,
Ni de prophète, ni vessie, ni démons, ni cadavres
J’aurais oublier le Caravage depuis 100 ans,
Je n’aurais plus de mains, ni d’yeux ni d’amour.
Ni Dieu ni d’amour.

3 jours comme 3 mois

3 jours comme 3 mois
Passé avec la charge insoutenable
De la chaîne du hasard
Enroulée entre les pieds
Je suis rentré hier
Avec tous mes bagages
Pourris d’eau et de terre.
Les nuages étaient lourds
Et l’air humide
Son visage de porcelaine
Et moi qui rumine
Sur ses jambes, ses yeux bleus
La hauteur de ses gestes,
La voix dans sa bouche
Et sa langue dans ma langue
C’est la langue de ses mots

La photo d’un instant
L’ombre de ses bras,
Et moi assise sur un banc
Qui murmure tout bas :
Tu es belle, tu es belle
Tu es toute en porcelaine,
Et quand tu remue tes lèvres
Elles dessinent des ondes naturelles.
Si fine, une minute,
Qui sautille dans ma tête
Du souvenir nostalgique
De la hauteur de tes gestes
Les diamants sur tes doigts
Qui s’écroule dans l’eau
Demain je ne pars pas
Je me noie dans ta peau !
Tu m’as confié les guerres
Entre ton silence et l’espace
Les frontières des sens
Et les murs éclatent
Le bloc du passé
L’empire de l’histoire
Qui émaille tes songes
De millier de miroirs
Dans la glace tes joues rouges,
Apaise la claque du froid,
Je cherche partout
La brûlure de ton souffle,
La chaleur compacte
Que tu transportes
Tout autour de ton corps.
Gifler par la neige, les flocons
Ils entaillent ma vapeur
Qui voudrait t’envelopper
De toute sa pudeur
Tu parsèmes mes désirs
De tes sourires qui me coupe
Ta coupe débordante qui me siffle
Que je devrais relâcher mon âme
Que je devrais voir plus haut
Entre l’amour et mon corps
Que ce qu’il y a de plus beau
Ne se trouve pas en dehors
J’voudrais juste autrement ajusté
Le penchant de mes côtes
Que j’les ouvrent et que tu y lises
Nos souvenirs écris
En caractères hiéroglyphes
Que t’entendes la symphonie impalpable
Des rayons lumineux
Qui jaillissent en silence
Quand j’essaye
D’oublier tes yeux (bleus)
Des fois je sais qu’à moi seule
J’ébranlerais la terre,
J’exploserais des montagnes
J’avalerais des soleils
J’ferais des drapés d’étoiles
Dans un putain de ciel de cristal
Avec la soie des premiers jours
Et la douceur du voile d’or blanc
Mais l’essence de tes rires
Est aussi pur que ton rire que j’entends

J’avais tout perdu,
Mes valises, mes bracelets,
Ma brosse à dent, mes chaussettes,
Et mon dernier phare qui brillait
Dans l’océan anthropophage
De ma grande inquiétude
Il m’avait semblé tout cassé
Après t’avoir vu.
En fait je n’avais rien perdu
Quand je suis rentré hier
Chez moi, j’avais tous mes bagages
Juste… trempés d’encre, de vent,
De ta peau, de tes regards,
Et quelque part l’arrière-goût
Electrique et moelleux
Du choc extatique d’avoir croisé tes yeux.

Je suis le poux

Dans l’absolu de ce matin
L’café soluble n’a pas bon goût
Reprends l’envers et beurre le pain
De l’univers je suis le poux

Il est des droits disons divins
Les gros nichons d’une vache maigre
Un marmiton à quatre mains
De l’au-delà en boule de neige

Les chiens rageux et sans collier
On faim de tout et maintenant
Du canigou en petits dés
Le doigt de Dieu entre les dents

Ils pointent au pif n’importe quoi
Sur l’innocent en quarantaine
Ils tirent ses tifs et crie de joie
Ils boivent son sang rempli de peine

Des bains de sable
Pour nettoyer
Au banc d’l’école
Pour mieux comprendre
Qu’les Caraïbes
Se sont noyés
Vapeur de rhum
Sur tas de cendres

Et les relents du fond de l’âme
Qui sentent la mort et le désordre
Dans l’coeur des gens il y a des ânes
Un météore est une licorne

Aérogare sans ses avions
Place des perdus pour retrouver
Un autocar en bas d’nylon
Et un merlu envisoné

Ils font du pied en escarpin
Aux maladresses du courage
Des grands sentiers en peau d’sapin
A toute vitesse dans l’pâturage

L’bruit des moteurs circulent litré
De la chimie dans une formule
De la torpeur dans les cyprès
En alchimie ca pompe les bulles

Ces putes amorphes
Si confortable
Gagne le vide
Pour des zéros
A coup de Porsches
Décapotables
Et de liquide
En litres d’héro

L’état livide d’un mort-vivant
Sur l’toit du monde en pleine monté
Les joies acides sur le divan
Le soleil gronde sur la santé

Les nuages pleurent sur la Tamise
Des gouttes dorées pleine de saveur
Pétales de fleurs et friandises
Du barbelé autour du coeur

Dans l’absolu de ce matin
L’café soluble n’a pas bon goût
Reprends l’envers et beurre le pain
De l’univers je suis le poux